Véronique Morali : « J’espère apporter une vision européenne à Coca-Cola »
La rédaction - Le Grand Journal - Fabrice Lundy - bfm, le 09/02/2010
La présidente de Fimalac Développement et fondatrice du site Terrafemina a été nommée administratrice de Coca-Cola Company. Elle y sera la première Européenne.
Véronique Morali répond aux questions de Fabrice Lundy, dans Le Grand Journal du 8 février 2010.
Véronique Morali, présidente de Fimalac Développement et fondatrice du site Terrafemina
Fabrice Lundy : vous vous apprêtez à prendre dans quelques heures, l'avion pour Atlanta, la Géorgie, où vous allez faire votre entrée au conseil d'administration de Coca-Cola Company. C'est une première pour un représentant français, c'est vous, une femme, qui aurez cet honneur. A quoi vous attendez-vous justement sur place ? Véronique Morali : à beaucoup de professionnalisme et d'exigence. Tous ces conseils d'administration anglo-saxons sont très formalistes et très rigoureux. Je m'attends à une situation un peu identique à celle que j'avais connu au sein de Tesco en Angleterre, mais doublée là d'une expérience aux Etats-Unis, qui est un pays que je connais bien, pour y aller vraiment tous les mois, ainsi que dans une société cotée à New York, avec toutes les exigences liées aux règles notamment de Sarbanes-Oxley et des principes qui s'appliquent aux administrateurs dits indépendants, encore plus exigeants.
Il y a de bonnes idées à rapporter en France ? On va voir, j'espère. En tous les cas, au niveau des comités spécialisés, il y en a des auxquels je vais participer comme celui de la responsabilité sociale et environnementale (RSE). C'est un des comités, avec celui des ressources humaines et rémunération. Ces comités RSE sont encore peu nombreux en France, en tant que comité spécialisé institué au sein des conseils. Donc je pense que ça sera là aussi une expérience intéressante.
Vous connaissez bien les méthodes de management aux Etats-Unis, c'est une tâche rude qui vous attend ? Oui, il y a beaucoup de travail. Là j'ai reçu les premiers documents pour la préparation du conseil, c'est un document qui pèse quatre kilos au total. Donc oui, c'est très fouillé, très exigeant, c'est beaucoup de formalisme, lié aux exigences bien sûr des régulateurs comme la SEC, à la loi Sarbanes-Oxley à la notion et au concept d'indépendance des administrateurs avec énormément de déclarations à faire pour satisfaire aux exigences et aux questions des régulateurs.
Comment avez-vous été choisie pour faire votre entrée au conseil d'administration de Coca-Cola à Atlanta ? Par les processus, assez constants et assez formalistes là aussi, qui prévalent dans les conseils d'administration anglo-saxons. C'est-à-dire par un chasseur de tête, un de ceux qui sont mandatés pour trouver des administrateurs indépendants, répondant aux exigences de l'instance des sociétés qui les mandatent.
Dans ce cas particulier, j'ai été contactée par un chasseur de tête américain, à New York, Spencer Stuart. Ensuite j'ai passé les étapes traditionnelles, c'est-à-dire les rencontres avec le président, le General Council, le directeur juridique, la directrice des ressources humaines au niveau du groupe mondial et ensuite une rencontre avec les autres membres du Board, les membres du comité des nominations du Board... Donc il y a tout un processus formel.
Qu'est-ce que vous allez y apporter ? J'espère y apporter une valeur ajoutée, qui est une vision sans doute européenne, puisque c'était un peu ça qu'ils recherchaient. L’expérience de quelqu'un qui ne serait ni Américain ni Canadien, puisque certains membres du conseil d'administration sont à la fois Américains et Canadiens, et il n'y avait aucun Européen et bien sûr pas de Français à ce stade.
Vous avez été choisie en tant que française ou en tant que femme ? Peut-être un peu les deux. Il y a déjà deux femmes au conseil d'administration de Coca Cola Company, donc on ne peut pas dire que l'on était dans une problématique d'absolument avoir une femme. Je pense que c'est beaucoup plus pour un profil européen et une expérience du monde des affaires, doublée d'une connaissance du territoire américain et de la vie des affaires là-bas, ce qui est mon cas puisque je vais pour Simalac aux Etats-Unis et en Angleterre tous les mois.
La reconnaissance des femmes dans l'entreprise c'est votre combat, puisque vous avez fondé le site Terrafemina, dédié aux femmes. Vous avez aussi créé l'association Force Femmes. Aux Etats-Unis, les femmes sont davantage présentes dans les conseils d'administration. En France, sur 560 postes d'administrateurs dans le CAC40, à peine 60 sont occupés par des femmes, souvent les mêmes d'ailleurs, vous-mêmes et quelques autres, très rares. On est à peine à 10 %. Tout à fait, et en effet c'est un combat. Je crois que j'ai pris position sur la proposition de loi qui a été déposée par Marie-Jo Zimmermann et Jean-François Copé, tendant à instaurer un quota de 40 % de femmes dans les six ans. Ça peut paraître anti-naturel, on peut le déplorer, j'étais la première à être contre. Mais là une dose de volontarisme ne fera pas de mal pour rafraîchir un peu la composition des conseils.
Toujours dans cette optique, j'ai créé la représentation française d'une association qui est américaine, qui s'appelle le Women Corporate Directors, qui est un groupe de femmes dans des conseils d'administration, l'idée étant de former des femmes et de leur donner de la visibilité pour qu'elles soient celles auxquelles les sociétés où les chasseurs de tête feront appel quand il s'agira de recruter ces femmes dans les conseils d'administration, si cette loi est adoptée.
Encore un mot sur l'Europe : vous êtes présidente de Fimalac Développement, Vice Chairman de l'agence de notation Fitch. Est-ce que vous pensez qu'il y a un risque de contagion au reste de la zone euro, on a parlé de la Grèce, on parle du Portugal, de l'Espagne. Est-ce que vous êtes inquiète ? Tout le monde est un peu inquiet, parce que les marchés sont plus volatiles que jamais. Il y a eu ces pays dont la dette a été pointée du doigt, mais je reste assez confiante dans la capacité de l'Europe à prendre les mesures en réaction. Des pays structurants comme la France, l'Angleterre, l'Allemagne, prennent toutes les mesures pour eux-mêmes et au niveau de l'Europe pour ne pas justement qu'il y ait une dégradation massive ou des contagions.
Faut-il, dans l'intérêt de l'Europe, aider la Grèce ? Je crois que les autorités européennes en décideront. Je fais assez confiance au collectif européen pour prendre les mesures coordonnées qui s'imposent.
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